piano 11

CHAPITRE XIII.
Réglage du mécanisme de toucher du piano.

Nous pouvons supposer qu’à ce stade, le lecteur est parfaitement familiarisé avec l’aspect et l’utilisation des différents éléments de la mécanique des pianos à queue et des pianos droits, qu’ils soient assemblés ou démontés. Nous pouvons donc passer aux instructions générales concernant leur mise en place dans l’instrument et le réglage des différentes pièces mobiles afin qu’elles fonctionnent en parfaite coordination.

Nous employons délibérément le terme « instructions générales », car il est tout à fait impossible d’enseigner la finition et le réglage d’une mécanique par le seul biais d’instructions écrites. Quiconque espère accomplir ce travail avec compétence doit acquérir de l’expérience et une pratique concrète en atelier. En effet, rares sont les domaines de la mécanique exigeant autant d’habileté, de soin et de patience que le réglage du mécanisme d’un piano.

Néanmoins, les indications fournies dans ce chapitre suffiront à faire de quiconque les lira et les assimilera un critique très averti. Il est essentiel de pouvoir évaluer correctement la valeur de chaque détail de construction ainsi que la qualité de son exécution. Ce chapitre a pour but de transmettre toutes les connaissances de ce type pouvant être communiquées par écrit.

Nous commencerons par la mécanique du piano à queue, en suivant la méthode adoptée tout au long de cet ouvrage.

La première étape du réglage et de l’ajustement de la mécanique du piano à queue incombe au « finisseur de mécanique ». Il reçoit séparément la mécanique et le clavier. La première est dépourvue de marteaux et d’étouffoirs, tandis que le second est dépourvu de bascules ou de pilotes. La mécanique doit être placée dans l’espace qui lui est réservé au sein de l’instrument afin d’en repérer la position exacte. Si la mécanique a été correctement fabriquée, son insertion à l’emplacement prévu ne devrait poser aucune difficulté. Elle est fixée au chassis de clavier par ses supports métalliques, et les pilotes de réglage sont installées sur les touches aux points précis où elles entreront en contact avec les coussinets situés sous les chevalets. Une fois cette opération effectuée, il convient de noter le poids exercé par la mécanique sur chaque touche avant de la retirer. Il faut ensuite fixer un morceau de plomb à l’arrière de chaque touche ; ce plomb doit avoir un poids équivalent à celui que la mécanique exerce sur la touche correspondante. Les touches resteront alors en place une fois la mécanique retirée, ce qui permettra d’entreprendre leur mise à niveau. En tenant compte de la profondeur d’enfoncement prescrite au chapitre précédent, réglez la hauteur des touches extrêmes (graves et aigus) à l’aide de cales en bois placées sur les pointes de guidage avant. Passez ensuite une règle droite sur les touches et ajustez leur niveau au moyen des fines mouches en papier prévues à cet effet. Ces mouches, disponibles en différentes épaisseurs, se placent sur les pointes de bascule et sous les mouches de feutre, lesquelles doivent avoir été préalablement installées tant sur la barre de bascule (les pointes de balancier) que sur la barre avant (les pointes d’enfoncement). Une fois la mise à niveau terminée, revisser la mécanique en place. Procéder ensuite au collage des marteaux. Le point de frappe des marteaux doit être mesuré avec soin, en respectant les instructions données précédemment concernant le marteau de l’aigu extrême. Rappelons qu’il est recommandé de viser un point de frappe situé au dixième de la longueur de la corde pour les marteaux les plus aigus, en progressant vers les proportions idéales d’un neuvième et d’un huitième pour les autres. Le technicien chargé du plan de cordage préparera une réglette de repérage indiquant la ligne exacte des marteaux. Les marteaux sont collés en formant un angle droit parfait avec le plan des cordes. Une fois la colle sèche, il faut les ajuster dans la position correcte à l’aide des vis de réglage (pilotes) ou des bascules. Ils doivent se trouver juste au-dessus des feutres de repos de marteau, sans toutefois les toucher. Veillez également à les aligner horizontalement les uns par rapport aux autres avec une grande précision. Assurez-vous que les touches fonctionnent librement et que la profondeur d’enfoncement est approximativement réglée selon les indications précédentes.

Il convient ensuite d’installer le mécanisme des étouffoirs. Situé principalement à l’arrière de la mécanique, ce mécanisme nécessite un réglage précis des leviers d’étouffoirs : ceux-ci doivent reposer légèrement au-dessus de l’arrière des touches, prêts à s’actionner lorsque l’avant des touches est enfoncé. Les étouffoirs doivent s’appliquer bien droit contre les cordes et retomber avec suffisamment de force pour stopper instantanément la vibration. À cette fin, les leviers d’étouffoirs sont lestés de plomb.

L’instrument est ensuite confié au technicien chargé du réglage de la mécanique. Son rôle est primordial. Il vérifie d’abord que le niveau des touches est parfait et qu’elles sont correctement équilibrées lorsqu’elles sont suspendues sans la mécanique. Toute anomalie constatée à ce stade est corrigée en modifiant le lestage en plomb. Les touches doivent être lestées de manière à s’équilibrer lorsqu’elles sont testées sur une balance, et le poids d’enfoncement, une fois la mécanique installée, ne doit pas excéder 64 grammes.

On corrige ensuite l’alignement des marteaux et l’on règle la course du marteau, telle que définie au chapitre XII, au moyen de la vis de réglage (ou pilote) ou du levier basculant. L’échappement est réglé via son bouton et sa vis de manière à ce que le décrochage du levier d’échappement se produise lorsque le marteau se trouve à 4 mm de la corde. Les attrape-marteaux doivent retenir les marteaux après une chute de 19 mm depuis les cordes. Les contre-attrapes des marteaux doivent être rendus rugueux et les attrape-marteaux inclinés de façon à assurer une prise ferme et sûre.

On s’occupe ensuite du levier d’échappement. Le ressort qui le commande nécessite un réglage : il doit être assez puissant pour faire légèrement rebondir le marteau sur le levier lors du relâchement de la touche. Le levier d’échappement doit également être réglé à l’aide du bouton situé à son extrémité arrière. Un espace suffisant doit subsister entre le bouton et le levier pour garantir que la retenue du marteau par l’attrape-marteau ne soit jamais entravée. Il faut aussi régler la vis limitant la remontée du levier d’échappement ; le mouvement du levier doit être stoppé avant que le marteau n’atteigne tout à fait le point de décrochage de l’échappement.

La profondeur sous l’avant des touches se règle à l’aide de mouches en papier. Si l’on a placé sous les touches suffisamment de mouches pour qu’une pression très forte soit nécessaire afin de déclencher l’échappement du marteau, il convient d’en retirer certaines pour rétablir une profondeur correcte.

Il faut également veiller à ce que les touches s’enfoncent de manière uniforme, en observant leur alignement supérieur. Toute irrégularité se corrige, là encore, par l’usage judicieux de mouches. Le réglage des étouffoirs comporte de nombreux détails importants : les tiges d’étouffoir doivent coulisser librement dans les feutres de trou et les têtes d’étouffoir doivent reposer bien à plat sur les cordes. Ce point est particulièrement crucial pour les étouffoirs-coin et les étouffoirs-double-coin des graves. Un léger espace doit subsister entre les leviers d’étouffoir et l’arrière des touches (garnies de feutre), et la remontée des têtes d’étouffoir lors de l’actionnement des leviers doit être régulière et fluide. La course de montée des têtes d’étouffoir ne doit pas dépasser 5mm, ou un peu plus lorsque l’ensemble est soulevé par la tige de pédale.

La barre de sostenuto doit également être réglée de manière à ce que les languettes des leviers d’étouffoirs soient saisies lorsque la barre pivote. Il faut veiller à ce que la barre n’accroche pas les languettes lorsque la pédale n’est pas utilisée.

Le mécanisme des pédales est simple. Il est essentiel de s’assurer que les tiges fonctionnent dans la lyre sans frotter ; une lubrification au graphite est donc nécessaire. Les tiges reliées aux leviers de la mécanique doivent s’engager de façon à être juste en contact, sans exercer une pression excessive.

La pédale *una corda* (ou pédale douce) doit agir sur le levier de déplacement du clavier en laissant un léger jeu au point de contact avec le châssis du clavier. La tension du ressort à doite doit être réglée de manière à ce que le châssis du clavier revienne rapidement en position initiale dès que l’on relâche la pédale gauche.

La pédale *forte* (ou pédale de résonance, pédale de sustain) doit être réglée de sorte que sa tige de liaison soit en contact avec la barre de levage des étouffoirs, mais sans toutefois actionner le mécanisme tant que la pédale n’est pas enfoncée.

La pédale de sostenuto doit être réglée pour faire pivoter instantanément la barre de sostenuto. Dans ce cas, la barre doit parcourir toute sa distance de rotation avant d’agir ; le réglage peut donc être effectué avec une grande précision.

Ces indications permettront au moins de vérifier que le réglage de la mécanique d’un piano à queue a été correctement effectué ; toutefois, il ne faut pas s’attendre à maîtriser les innombrables détails pratiques du métier autrement que par la pratique elle-même. Il convient surtout de garder à l’esprit que l’utilisation des outils, ainsi que l’aisance dans leur maniement et la réalisation de réglages précis, sont le fruit d’une pratique longue et patiente. Les instructions ci-dessus visent simplement à présenter au lecteur la méthode de travail standard, afin qu’il puisse aborder le sujet en ayant une connaissance juste des principes fondamentaux.

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